
La conformité ordinale n’est pas une liste de règles à cocher, mais une stratégie de prévention des risques où chaque décision doit être anticipée pour neutraliser les failles déontologiques.
- Le conflit d’intérêts, même involontaire, et le défaut de conseil sont les fautes les plus insidieuses et les plus sévèrement sanctionnées.
- Une comptabilité rigoureuse et un choix de statut juridique éclairé ne sont pas des contraintes, mais vos premières lignes de défense en cas de mise en cause.
Recommandation : Analysez systématiquement chaque décision (acceptation de mission, investissement, choix de partenaire) à travers le prisme de votre ordre pour en évaluer le risque disciplinaire potentiel avant d’agir.
Pour tout professionnel libéral réglementé — avocat, médecin, architecte, notaire — l’exercice de sa profession est une navigation constante entre l’excellence du service et le respect d’un cadre déontologique strict. La pression est permanente, et la menace d’une procédure disciplinaire, même infondée, pèse comme une épée de Damoclès. Une simple plainte, qu’elle émane d’un client, d’un confrère ou de l’ordre lui-même, peut enclencher un processus long, coûteux et potentiellement dévastateur pour une carrière.
Face à ce risque, le conseil habituel se résume souvent à « respecter les règles » et « souscrire une bonne assurance ». Si ces préceptes sont essentiels, ils sont tragiquement insuffisants. Ils traitent la conformité comme une obligation passive, une liste de cases à cocher pour éviter les ennuis. Cette approche réactive est une erreur stratégique majeure. Elle vous expose aux fautes les plus subtiles, celles qui naissent non pas d’une intention malveillante, mais d’une méconnaissance des angles morts de votre pratique.
La véritable clé n’est pas de simplement suivre les règles, mais d’adopter un système de prévention disciplinaire proactif. Il s’agit de transformer chaque aspect de votre gestion — comptabilité, choix de structure, relation client, assurances — en un rempart contre le risque ordinal. L’enjeu n’est plus de savoir comment réagir à une plainte, mais comment organiser son cabinet pour qu’une telle plainte ne puisse jamais prospérer.
Cet article n’est pas un simple rappel de vos obligations. Il est conçu comme un manuel de gestion du risque ordinal. Nous allons décortiquer, point par point, comment analyser vos décisions à travers le prisme de votre ordre pour identifier et neutraliser les failles déontologiques avant qu’elles ne deviennent critiques.
Sommaire : Protéger votre exercice libéral : stratégies de conformité et de prévention disciplinaire
- Quelles sont les 6 règles déontologiques à ne jamais enfreindre sous peine de sanction ?
- Comment tenir une comptabilité de professionnel libéral conforme aux exigences ordinales ?
- Profession libérale en nom propre ou en société : quel statut pour un médecin ?
- L’erreur déontologique qui coûte l’inscription : accepter une mission en conflit d’intérêt
- Quelle assurance RCP souscrire selon votre profession libérale réglementée ?
- Prestataire local ou cabinet national : lequel pour votre expertise-comptable ?
- Quand faire appel à un médiateur plutôt que de gérer un conflit en interne ?
- Comment organiser votre comptabilité en 3 heures par mois sans formation comptable ?
Quelles sont les 6 règles déontologiques à ne jamais enfreindre sous peine de sanction ?
Le socle de votre protection réside dans une maîtrise parfaite des devoirs fondamentaux édictés par votre ordre. Loin d’être de simples principes moraux, ces règles constituent le premier filtre lors de l’examen d’une plainte. Une méconnaissance sur ces points est indéfendable. Les statistiques confirment que le risque n’est pas théorique ; pour la seule profession médicale, 1 174 décisions disciplinaires ont été rendues en 2022, dont plus d’un tiers a conduit à une sanction. La prévention commence donc par l’identification des fautes capitales.
Au-delà des spécificités de chaque profession, six piliers déontologiques sont universels et leur violation est quasi systématiquement sanctionnée :
- Le secret professionnel : C’est une obligation absolue. Toute divulgation, même involontaire ou à un confrère non concerné, constitue une faute grave.
- L’indépendance et le conflit d’intérêts : Vous devez refuser toute mission qui compromettrait votre jugement ou créerait une situation de conflit d’intérêts, matériel ou moral.
- La probité et l’honneur : Ce principe large recouvre l’honnêteté dans la facturation, l’interdiction de tirer un avantage illégitime de sa fonction et une conduite irréprochable, y compris dans la sphère privée si elle rejaillit sur la profession.
- La confraternité : Dénigrer un confrère, détourner sa clientèle ou manquer de courtoisie sont des comportements activement poursuivis par les instances ordinales.
- Le devoir de conseil et la compétence : Vous avez l’obligation de maintenir vos connaissances à jour et de ne jamais accepter une mission dépassant votre champ de compétence. Le défaut de conseil est l’un des motifs de plainte les plus courants.
- La communication et la publicité : Chaque ordre encadre strictement la manière dont ses membres peuvent communiquer. Toute publicité trompeuse, comparative ou agressive est proscrite.
Ignorer ces règles, c’est s’exposer à un arsenal de sanctions dont la gravité doit être bien comprise. La palette va du simple avertissement à la sanction ultime : la radiation.
Le tableau suivant, basé sur les dispositions générales du droit disciplinaire, illustre la gradation des peines et leurs conséquences concrètes, comme le détaille une analyse de l’échelle des sanctions ordinales.
| Sanction | Niveau de gravité | Effet concret | Durée |
|---|---|---|---|
| Avertissement | Faible | Réprobation officielle du comportement | Sans effet sur l’exercice |
| Blâme | Modérée | Réprobation formelle, publicité possible | Sans effet sur l’exercice |
| Interdiction temporaire d’exercice | Grave | Suspension totale de l’activité professionnelle | Jusqu’à 3 ans |
| Radiation du tableau | Maximale | Exclusion définitive de la profession | Définitive |
La prévention disciplinaire ne consiste pas seulement à connaître ces règles, mais à les intégrer comme des réflexes dans chaque acte professionnel. Chaque email, chaque facture, chaque conseil donné doit être passé au crible de ces six devoirs.
Comment tenir une comptabilité de professionnel libéral conforme aux exigences ordinales ?
Votre comptabilité n’est pas qu’une obligation fiscale ; elle est une pièce maîtresse de votre dossier en cas de contrôle ou de plainte. Vue par le prisme ordinal, une comptabilité approximative, des honoraires non justifiés ou des flux financiers opaques sont des indices de manquements déontologiques potentiels. Une comptabilité irréprochable est donc votre première ligne de défense, la preuve matérielle de votre probité et de votre transparence.
La conformité comptable dépend d’abord de votre régime fiscal. En nom propre, si votre chiffre d’affaires est inférieur au seuil du régime micro-BNC, vos obligations sont allégées : un simple livre des recettes enregistrant chronologiquement tous vos encaissements suffit. Si vous dépassez ce seuil ou optez pour le régime de la déclaration contrôlée, les exigences se durcissent : vous devez tenir une comptabilité de trésorerie (recettes/dépenses), un registre des immobilisations et produire une déclaration 2035. Pour les professionnels exerçant en société (SEL), la comptabilité d’engagement, beaucoup plus complexe, devient la norme, avec obligation de dépôt des comptes annuels.
Au-delà du respect de ces obligations fiscales, la vigilance ordinale se porte sur des points précis. Votre ordre peut, lors d’un contrôle, exiger de comprendre la structure de vos honoraires. Vos factures doivent comporter toutes les mentions légales et ordinales requises. Les comptes bancaires professionnels doivent être clairement distincts des comptes personnels pour éviter toute confusion des patrimoines, une faille déontologique classique.
Se faire accompagner par un expert-comptable n’est pas un luxe, mais une décision stratégique de gestion du risque. Cependant, la collaboration doit être encadrée. Exigez systématiquement une lettre de mission détaillée. Ce document contractuel définit précisément les responsabilités de chacun. Il est votre assurance que l’expert engagera sa propre responsabilité en cas d’erreur déclarative et qu’il vous fournira un conseil adapté aux spécificités de votre profession réglementée.
En définitive, une comptabilité rigoureuse n’a pas pour seul but de satisfaire l’administration fiscale. Elle vise à construire une traçabilité indiscutable de votre activité, rendant toute accusation de malversation ou d’honoraires abusifs beaucoup plus difficile à soutenir pour un plaignant.
Profession libérale en nom propre ou en société : quel statut pour un médecin ?
Pour un médecin, comme pour de nombreux professionnels libéraux, le choix entre l’exercice en nom propre et la création d’une société d’exercice libéral (SEL) est une décision structurante. Cette décision est souvent analysée sous un angle fiscal et social, mais son impact sur le plan de la prévention disciplinaire est tout aussi fondamental. Le statut juridique que vous choisissez définit le périmètre de votre responsabilité, les modalités de votre association et la protection de votre patrimoine personnel.
L’exercice en nom propre offre la simplicité, mais expose votre patrimoine personnel aux dettes professionnelles. En cas de condamnation à des dommages et intérêts suite à une faute, vos biens personnels peuvent être saisis. La création d’une SEL, le plus souvent une SELARL (Société d’Exercice Libéral à Responsabilité Limitée) ou une SELAS (Société d’Exercice Libéral par Actions Simplifiée), permet de créer une personnalité morale distincte. Votre responsabilité est alors en principe limitée au montant de vos apports, protégeant ainsi votre patrimoine privé.
Le choix entre SELARL et SELAS est un arbitrage complexe. La SELARL, où le gérant majoritaire a le statut de Travailleur Non Salarié (TNS), offre des cotisations sociales plus faibles. La SELAS, où le dirigeant est assimilé-salarié, implique des charges plus élevées mais offre une meilleure protection sociale et une plus grande flexibilité pour organiser la gouvernance ou faire entrer de nouveaux associés. Cet arbitrage doit être vu à travers le prisme ordinal : une structure trop complexe ou mal comprise peut générer des conflits entre associés, qui sont une source majeure de plaintes déontologiques.
Pour un médecin, l’arbitrage entre SELARL et SELAS est crucial et doit être analysé au-delà des seuls aspects fiscaux, comme le met en évidence ce tableau comparatif issu d’une analyse des critères de choix pour les professions libérales.
| Critère | SELARL | SELAS |
|---|---|---|
| Statut social du dirigeant | Travailleur Non Salarié (TNS) | Assimilé salarié |
| Niveau de cotisations sociales | Plus faible | Plus élevé |
| Flexibilité statutaire | Encadrée, cessions de parts rigides | Grande liberté, cessions d’actions souples |
| Intégration de nouveaux associés | Plus formaliste | Plus flexible |
| Protection sociale | Plus limitée | Proche de celle d’un salarié |
En somme, le bon statut est celui qui correspond à votre projet (exercer seul ou à plusieurs, transmettre à terme) tout en offrant le meilleur bouclier juridique. Une consultation avec un avocat spécialisé et un expert-comptable est indispensable pour effectuer cet arbitrage risque-bénéfice éclairé.
L’erreur déontologique qui coûte l’inscription : accepter une mission en conflit d’intérêt
S’il est une faute insidieuse qui menace tous les professionnels réglementés, c’est bien le conflit d’intérêts. Contrairement à une erreur technique évidente, il naît souvent d’une situation ambiguë, d’une relation personnelle ou d’un intérêt financier indirect qui vient polluer l’indépendance de jugement du professionnel. Les instances ordinales sont d’une sévérité extrême sur ce point, car le conflit d’intérêts entame le fondement même de la confiance que le public place dans la profession. C’est l’une des rares fautes pouvant mener directement à la radiation du tableau.
Le principe est martelé par tous les codes de déontologie. Comme le rappelle le Règlement Intérieur National de la profession d’avocat, cette exigence est absolue.
La multiplicité des devoirs incombant à l’avocat lui impose une indépendance absolue, exempte de toute pression
– Règlement Intérieur National de la profession d’avocat (article 2.1), cité dans une étude sur les conflits d’intérêts
Le conflit d’intérêts peut prendre de multiples formes : conseiller deux parties aux intérêts divergents, instrumenter un acte dans lequel on a un intérêt personnel ou familial, ou encore orienter un client ou un patient vers une structure dans laquelle on détient des parts sans le déclarer. Ce dernier cas, de plus en plus fréquent, illustre la subtilité du risque.
Étude de Cas : Le conflit d’intérêt moderne du praticien actionnaire
Un cas typique de conflit d’intérêt moderne concerne un médecin orientant systématiquement ses patients vers une clinique privée pour des examens complémentaires. Il s’avère que ce médecin est actionnaire minoritaire de ladite clinique. Même si les examens sont médicalement justifiés et que le médecin agit en toute bonne foi pour la santé de ses patients, le simple fait de ne pas avoir révélé ce lien financier constitue un manquement déontologique caractérisé. Le doute est instillé : le conseil est-il guidé par l’intérêt du patient ou par l’intérêt financier du praticien ? Cette situation, si elle est portée à la connaissance de l’ordre, peut entraîner une sanction sévère pour défaut d’indépendance.
La seule parade efficace est la prévention systématique. Avant d’accepter toute nouvelle mission ou de nouer tout partenariat, un « conflict check » rigoureux doit être mené. Ce processus est une norme dans les grands cabinets et doit devenir un réflexe pour tout praticien.
Plan d’action : Votre protocole de vérification des conflits d’intérêts
- Interrogation des bases de données : Avant d’accepter un nouveau client ou patient, vérifiez systématiquement dans vos dossiers si vous ou votre cabinet avez déjà représenté ou traité une partie adverse ou ayant des intérêts divergents.
- Analyse des liens personnels et financiers : Listez tous vos intérêts financiers (actions, parts de sociétés) et liens familiaux pertinents. Confrontez-les à la situation du nouveau dossier. Le lien est-il direct ou indirect ? Proche ou éloigné ?
- Consultation préventive : En cas du moindre doute, même infime, contactez le service de déontologie de votre ordre. Cette démarche, confidentielle, vous protège : elle démontre votre bonne foi et vous apporte une réponse claire.
- Transparence et renonciation : Si un conflit potentiel mais mineur est identifié, la transparence est la clé. Informez toutes les parties concernées par écrit et obtenez leur consentement éclairé. Si le conflit est sérieux, la seule option est de renoncer à la mission.
- Documentation de la décision : Quelle que soit votre décision (accepter, refuser, informer), documentez-la par écrit dans le dossier. Conservez une note expliquant votre analyse et les raisons de votre choix. Cette traçabilité est votre meilleure défense en cas de contestation ultérieure.
Le conflit d’intérêts n’est pas une question d’intention, mais de situation. La seule présomption de partialité suffit à constituer la faute. La prudence et la transparence ne sont pas des options, mais des impératifs de survie professionnelle.
Quelle assurance RCP souscrire selon votre profession libérale réglementée ?
L’assurance de Responsabilité Civile Professionnelle (RCP) est obligatoire pour la quasi-totalité des professions libérales réglementées. La considérer comme une simple formalité administrative est une grave erreur. Du point de vue de la prévention disciplinaire, votre contrat RCP est votre bouclier financier et juridique. Un défaut d’assurance est non seulement une faute déontologique, mais aussi un délit pénal, sanctionné par des peines sévères. Par exemple, pour les professions médicales, le défaut d’assurance peut entraîner jusqu’à 45 000€ d’amende et une interdiction d’exercice.
Cependant, toutes les assurances RCP ne se valent pas. Choisir son contrat uniquement sur la base du prix est un très mauvais calcul. Un bon contrat doit être analysé comme un outil de gestion de crise, avec une attention particulière portée à trois garanties essentielles :
- La Responsabilité Civile Professionnelle de base : C’est le socle. Elle couvre les dommages causés à des tiers (clients, patients) du fait d’une faute, d’une négligence ou d’une omission dans le cadre de votre activité. C’est elle qui indemnisera la victime.
- La Protection Juridique (PJ) : C’est une garantie souvent sous-estimée mais absolument cruciale. En cas de litige, avant même que votre responsabilité soit établie, la PJ prend en charge vos frais de défense : honoraires d’avocat, frais d’expertise, etc. Sans une bonne PJ, le coût de votre défense, même si vous êtes innocenté, peut être exorbitant.
- La Responsabilité Civile des Dirigeants (pour les SEL) : Si vous exercez en société, cette garantie est indispensable. Elle vous protège personnellement si vous êtes mis en cause pour une faute de gestion qui ne relève pas de l’acte professionnel lui-même (ex: décision d’investissement hasardeuse).
L’analyse fine de votre contrat doit aussi porter sur les détails qui font la différence en cas de sinistre : les plafonds de garantie (sont-ils suffisants au regard des risques de votre profession ?), le montant des franchises (la part qui restera à votre charge) et surtout, les exclusions de garantie. Lisez attentivement cette section : les fautes intentionnelles sont toujours exclues, mais certains contrats peuvent aussi exclure des actes spécifiques à la limite de votre domaine de compétence.
Avant de souscrire, il est impératif d’évaluer précisément les risques spécifiques à votre activité. Un chirurgien n’a pas le même niveau de risque qu’un médecin généraliste ; un avocat fiscaliste n’a pas les mêmes enjeux qu’un avocat pénaliste. Votre contrat doit être le reflet de cette réalité.
Votre assurance RCP est votre partenaire en cas de coup dur. Prenez le temps de le choisir aussi sérieusement que vous choisiriez un associé, en comparant les offres et en vous faisant conseiller par un courtier spécialisé dans votre secteur d’activité.
Prestataire local ou cabinet national : lequel pour votre expertise-comptable ?
Le choix de votre expert-comptable est une décision qui dépasse largement la simple tenue des comptes. Cet expert est un partenaire stratégique qui, par la qualité de son conseil, peut activement participer à votre prévention disciplinaire. Comme le rappelle Thibaut Clermont, fondateur de Compta-Facile, l’expert-comptable est légalement « assujetti à un devoir de conseil, en vertu de son Code de Déontologie ». Le choisir revient donc à choisir un conseiller en gestion du risque. La question se pose alors : vaut-il mieux privilégier la proximité d’un cabinet local ou la puissance d’un réseau national ?
Le cabinet local offre un avantage majeur : la proximité et la personnalisation. Votre interlocuteur vous connaît, ainsi que le tissu économique de votre région. Cette relation de confiance facilite des échanges plus fluides et une meilleure compréhension de vos enjeux spécifiques. Pour une profession où l’intuitu personae est fort, cette proximité peut être rassurante. Cependant, un petit cabinet peut parfois manquer de ressources ou d’une expertise de pointe sur des questions très spécifiques (fiscalité internationale, montages complexes en SEL).
Le cabinet national, voire un service en ligne, apporte la puissance de ses outils, de ses processus standardisés et de son réseau d’experts. Pour un coût souvent compétitif, vous avez accès à une large palette de compétences et à des plateformes digitales performantes. Cette option peut être très efficace pour la gestion courante. Le revers de la médaille est une relation potentiellement plus impersonnelle et déshumanisée. Votre dossier peut être traité par différents interlocuteurs, et le conseil peut manquer de contextualisation par rapport à votre pratique quotidienne.
Le critère de décision ne doit pas être « local vs national », mais « généraliste vs spécialiste ». Le meilleur expert-comptable pour un professionnel réglementé est celui qui comprend les contraintes ordinales de votre profession. Lors du premier entretien, testez sa connaissance de votre univers. Posez des questions pièges : « Comment m’aideriez-vous à justifier mes honoraires en cas de contestation par mon ordre ? », « Quelle est votre expérience avec les médecins/avocats/architectes ? », « En cas de contrôle fiscal, comment interagissez-vous avec les instances ordinales ? ». Leurs réponses révéleront rapidement leur niveau de spécialisation.
En conclusion, que vous choisissiez un cabinet au coin de votre rue ou un leader national, l’essentiel est de vous assurer qu’il possède une expertise avérée de votre profession réglementée et qu’il s’engage, via une lettre de mission claire, à être plus qu’un simple comptable : un véritable conseiller en gestion de risque.
Quand faire appel à un médiateur plutôt que de gérer un conflit en interne ?
Les conflits sont inhérents à toute activité professionnelle. Qu’il s’agisse d’un différend avec un client sur des honoraires, d’une mésentente entre associés ou d’un litige avec un fournisseur, la première impulsion est souvent de vouloir « gérer ça en interne ». Pour un professionnel réglementé, cette approche peut être dangereuse. Un conflit qui s’envenime est une porte d’entrée vers une plainte déontologique. C’est ici que la médiation intervient, non pas comme un aveu de faiblesse, mais comme un outil stratégique de désamorçage et de confidentialité.
La médiation est un processus structuré, volontaire et confidentiel dans lequel un tiers neutre et impartial, le médiateur, aide les parties à trouver elles-mêmes une solution à leur différend. Contrairement à un juge ou un arbitre, le médiateur n’impose aucune décision. Son rôle est de restaurer le dialogue, de clarifier les points de vue et de faciliter l’émergence d’un accord mutuellement acceptable.
Alors, quand faut-il y recourir ? Le signal clé est le blocage de la communication. Dès que le dialogue direct devient impossible, que les emails deviennent accusateurs ou que les positions se figent, le risque d’escalade est majeur. Tenter de forcer une solution en interne à ce stade ne fait souvent qu’aggraver les tensions. Faire appel à un médiateur permet de déplacer le conflit sur un terrain neutre et de bénéficier d’un facilitateur formé aux techniques de communication non violente.
Pour un professionnel libéral, l’avantage principal de la médiation est sa confidentialité absolue. Tout ce qui est dit en médiation reste en médiation. Cela permet d’aborder les sujets sensibles sans craindre que les échanges soient utilisés plus tard dans une procédure judiciaire ou disciplinaire. C’est un espace sécurisé pour trouver une issue négociée avant que le litige ne devienne public et ne nuise à votre réputation. De plus, de nombreux ordres professionnels ont mis en place leurs propres médiateurs, spécifiquement formés aux enjeux déontologiques du secteur, offrant une solution rapide, peu coûteuse et parfaitement adaptée.
La médiation n’est donc pas une solution de dernier recours, mais un choix proactif de gestion de conflit. Elle doit être envisagée dès les premiers signes de blocage pour préserver les relations, protéger sa réputation et, surtout, éviter qu’un simple différend commercial ne se transforme en une périlleuse procédure disciplinaire.
À retenir
- La conformité ordinale est une stratégie de prévention active, pas une simple obligation. Chaque décision doit être évaluée sous l’angle du risque disciplinaire.
- Le conflit d’intérêts est la faille la plus sévèrement jugée. Un protocole de vérification systématique avant chaque mission est indispensable pour s’en prémunir.
- Votre comptabilité et votre assurance RCP ne sont pas des charges, mais des outils de défense. Leur rigueur et leur adéquation à votre pratique sont non négociables.
Comment organiser votre comptabilité en 3 heures par mois sans formation comptable ?
L’idée de consacrer un minimum de temps à sa comptabilité tout en garantissant sa conformité peut sembler utopique. Pourtant, pour un professionnel libéral au régime de la déclaration contrôlée, c’est un objectif réaliste, à condition de mettre en place un système rigoureux et d’utiliser les bons outils. L’efficacité ne vient pas d’une expertise comptable innée, mais d’une organisation méthodique et d’une routine mensuelle disciplinée. L’enjeu est de transformer une corvée en un processus fluide qui sécurise votre pratique.
La première étape est la séparation stricte des flux. Ouvrez un compte bancaire dédié à votre activité professionnelle. Tous vos encaissements d’honoraires et toutes vos dépenses professionnelles doivent transiter par ce compte, et uniquement celui-ci. Cette simple mesure facilite considérablement le suivi et apporte une preuve de transparence immédiate en cas de contrôle.
La deuxième étape est la digitalisation systématique. Abandonnez les boîtes à chaussures remplies de reçus. Utilisez une application de scan sur votre smartphone pour numériser chaque justificatif (facture, note de frais) dès sa réception. Des logiciels comptables dédiés aux professions libérales permettent ensuite de lier ces justificatifs à la ligne correspondante de votre relevé bancaire. Cette méthode assure une traçabilité parfaite et un gain de temps considérable au moment de la déclaration annuelle.
Avec ces bases en place, la routine mensuelle peut se limiter à quelques tâches clés, réalisables en une à deux heures :
- Pointage bancaire : Rapprochez chaque ligne de votre relevé bancaire professionnel avec un justificatif numérisé. Catégorisez chaque dépense (fournitures, loyer, cotisations…).
- Suivi des recettes : Assurez-vous que toutes vos factures émises ont bien été encaissées et enregistrées dans votre livre de recettes.
- Vérification des mentions : Prenez 15 minutes pour vérifier que vos dernières factures émises comportent toutes les mentions légales et ordinales obligatoires.
- Anticipation : Gardez un œil sur les échéances à venir (TVA, cotisations URSSAF) pour éviter les pénalités de retard.
Pour sécuriser durablement votre pratique et vous concentrer sur votre cœur de métier, la première étape consiste à auditer vos processus actuels au regard de ces points de vigilance et à discuter de leur optimisation avec votre expert-comptable.